« La construction anti-sismique ne coûte pas cher »

Publié le par Bienvenue dans le blog de djibaba.ingenieur

De catastrophe en catastrophe, a-t-on élaboré une sorte de manuel de la reconstruction ?

Nous avons tiré de nombreuses leçons des expériences passées. Dans l'urgence, il y a d'abord un premier besoin politique impératif, que tout le monde se mette d'accord et qu'il n'y ait pas de compétition sur l'aide. Ce n'est pas trop difficile pour l'urgence (vivres, médicaments, ...), bien coordonnée par le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), mais cela se complique souvent dans la phase de reconstruction, quand des sommes importantes entrent en jeu, ce qui pousse à une vive concurrence et luttes d'influence. J'espère donc bien que les Nations unies seront en charge de la coordination de la reconstruction d'Haïti.

Aucun bâtiment important ne semble avoir résisté à Haïti. Pourquoi ?

Ce n'est évidemment pas seulement lié à la misère, mais aussi à l'ignorance, la corruption, l'absence de culture du risque. D'ailleurs, à Haïti, c'est dans les bidonvilles les plus pauvres qu'il y a eu le moins de morts, du fait de la légèreté des habitations. Quand je parle de culture du risque, je ne parle pas d'abstraction. Pourquoi vérifier les freins quand on achète une voiture, mais ne jamais rien demander lorsqu'on achète une maison ? Evidemment, personne n'avait anticipé un tel séisme, et sans doute seuls des bâtiments dotés de normes sismiques à la japonaise auraient résisté. Néanmoins, la première des règles de notre stratégie de réduction des risques est d'exiger que les hôpitaux soient construits avec des normes antisismiques. Or à Haïti, quatre des principaux établissements ont été détruits !

Cela coûte-t-il beaucoup plus cher de construire aux normes antisismiques ?

Pas forcément. Cela ne coûte rien de choisir intelligemment où construire, ce qui suppose des règles minimum d'urbanisme. Mais même si on construit sur des collines, comme à Port-au-Prince, il y a des manières de faire pour limiter par exemple les conséquences d'un éboulement. Il existe des pays très pauvres, comme le Népal, où on respecte les normes anti-sismiques : c'est moins une question de matériaux sophistiqués que de savoir-faire et de volonté. C'est pourquoi il faut sensibiliser la population aux risques. Notre rôle est donc de former les gouvernements pour qu'ils se dotent de cette culture du risque. Qu'il s'agisse de replanter des mangroves pour protéger les côtes des tsunamis, de créer des systèmes d'alerte précoce, de sensibiliser la population et d'avoir des plans de secours en cas de crise. Cela a un impact considérable. Au Bengladesh, doté d'une bonne culture du risque, le dernier cyclone Sidr de novembre 2007 a provoqué 3.500 morts, quand un cyclone d'une force similaire en causait 191.000 en 1991. En 2008, Cuba a subi cinq violents cyclones, et n'a enregistré que 5 morts.

La reconstruction va-t-elle coûter 10 milliards de dollars comme l'a estimé le président d'Haïti?

Les experts internationaux savent calculer assez précisément le coût d'une reconstruction. S'ils parlent de 10 milliards de dollars, ce n'est probablement pas fantaisiste. Mais au-delà du coût d'un port, d'une cathédrale, d'une centrale, la vraie question est d'évaluer la somme nécessaire pour remettre sur pied un pays tout entier.

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