Glissements de terrain

Publié le par Bienvenue dans le blog de djibaba.ingenieur

Il existe une grande variété de mécanismes de rupture et de causes de déclenchement, ainsi que de conditions géologiques et topographiques qui déterminent le type de glissement de terrain dans une région spécifique. Certaines régions sont particulièrement vulnérables : pentes abruptes en région montagneuse; fragilité du substratum rocheux du Crétacé dans les vallées des Prairies; vallées érodées dans des sédiments fins autrefois couverts par des lacs et des mers glaciaires. Les incidences sont exacerbées lorsqu’un glissement de terrain coïncide avec des activités anthropiques. Au cours de la période historique (soit la période postérieure à 1840), les glissements de terrains au Canada ont entraîné la mort de plus de 600 personnes, ainsi que la destruction de plusieurs communautés, et causé des dommages évalués à plusieurs milliards de dollars. Aux risques que représentent les glissements de terrain, soit les mouvements du sol sous un ouvrage et le choc ou l’enfouissement par des débris en mouvement, s’ajoutent également des effets secondaires, notamment les inondations résultant d’un endiguement et les vagues provoquées par un glissement. Cependant, bien que des glissements de terrain continuent de se produire chaque année, les risques qu’ils représentent peuvent être réduits ou éliminés grâce à des mesures appropriées de planification et d’atténuation.


Qu’est-ce qu’un glissement de terrain?

Un glissement de terrain est le déplacement vers le bas de matériaux géologiques sur un versant. Le terme glissement fait également référence aux formes de terrain qui résultent de ce mouvement. Au Canada, les glissements de terrain présentent une grande diversité, reflétant ainsi les différents milieux du pays.

Photographie de glissement de terrain de Frank, Alberta[D]
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Figure 1 : Glissement de Frank, Alberta

En quoi consistent les glissements de terrain?

Les matériaux géologiques d’un glissement de terrain peuvent être constitués de roche ou de sédiments meubles ou de tous ces matériaux à la fois. Par « sédiment », on entend toute matière géologique qui n’est pas de la roche solide. Les sédiments comprennent l’argile, le limon, le sable, le gravier, les galets et les blocs, ou une combinaison de ces matières. En outre, les sédiments incluent tant les dépôts naturels que les dépôts d’origine anthropique. Par exemple, des glissements de terrain peuvent se produire dans des remblais artificiels. Dans sa trajectoire, un glissement de terrain peut emporter des matériaux géologiques dont les caractéristiques diffèrent des matériaux d’origine, auxquels peuvent s’ajouter de l’eau et des arbres. On appelle débris ce mélange de matériaux déplacés.

Quelle est l’ampleur des glissements de terrain?

L’ampleur d’un glissement de terrain peut varier d’un simple bloc qui se détache d’une falaise à une vaste zone englobant des dizaines de kilomètres carrés et des millions de mètres cubes de débris. Le plus grand glissement de terrain à se produire au Canada au cours de la période historique considérée, la coulée de terre de 1894 à Saint-Alban (Québec), a emporté 185 millions de mètres cubes de matériaux et a laissé une niche de décollement d’une profondeur de 40 mètres et d’une superficie de 4,62 millions de mètres carrés (approximativement de la taille de 80 pâtés de maison).

Photographie d'un chute de pierres[D]
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Figure 2 : Chute de pierres

Photographie de glissement de terrain de Zymoetz, Colombie-Britannique [D]
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Figure 3. Glissement de Zymoetz, Colombie-Britannique

Quelle est la vitesse de déplacement des glissements de terrain?

La vitesse de déplacement peut varier d’extrêmement lente à extrêmement rapide. Le mouvement le plus lent, la « reptation », est de l’ordre de quelques centimètres à quelques dizaines de centimètres par année. Des arbres et des poteaux de téléphone inclinés, ainsi que des clôtures déformées témoignent de ce lent mouvement du sol. Des éboulements peuvent atteindre des vitesses de 35 à 40 mètres à la seconde, soit trois fois plus vite que le coureur le plus rapide. Lors de coulées de terre rapides dans les Basses-Terres du Saint-Laurent, la vitesse d’une coulée d’argile peut varier d’une « marche rapide » à un « sprint olympique ». Par exemple, on a estimé la vitesse de la coulée de Saint-Jean-Vianney, au Québec, à 7 mètres à la seconde (25 kilomètres à l’heure). De plus, dans le cas de ces rapides coulées de terre, la régression (érosion régressive) de l’escarpement peut être supérieure à 5 mètres à la seconde et a dépassé, dans certains cas, une vitesse de course normale. Dans les régions montagneuses, les avalanches de pierres représentent le type de glissement le plus rapide et peuvent atteindre des vitesses de 100 mètres à la seconde (360 kilomètres à l’heure), dépassant ainsi la vitesse d’une voiture de course. Des témoins ont rapporté que l’avalanche de pierres survenue en 1903 à Frank, en Alberta, a duré environ 100 secondes, indiquant une vitesse moyenne de 31,2 mètres à la seconde (112 kilomètres à l’heure).

Photographie qui illustre la reptation[D]
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Figure 4 : Reptation

Photographie qui illustre une avalanche de pierres rapide[D]
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Figure 5 : Avalanche de pierres rapide

Comment les glissements de terrain se déplacent-ils?

Les glissements de terrain progressent vers le bas des pentes sous l’effet de la gravité. Toutefois, si les matériaux géologiques sont particulièrement faibles ou sensibles ou saturés d’eau, la gravité revêt moins d’importance. La façon dont la rupture se produira et le mode de déplacement des matériaux dépendent de la géologie et de la topographie spécifiques d’une région. Les glissements de terrain présentent divers modes de déplacement allant de la chute libre au basculement, en passant par le glissement de masses relativement intactes jusqu’à la coulée de matériaux complètement désintégrés, et quelquefois à l’état liquide. (Pour obtenir une description complète, veuillez consulter la section Types de glissements ci-dessous.) De nombreux glissements combinent plus d’un mode de déplacement, passant d’un type de déplacement vers un autre en fonction de l’état de désintégration et de saturation de la masse en mouvement. Certains glissements de terrain ne se déplacent que sur une courte distance, s’arrêtant près de la base de la pente, tandis que d’autres peuvent franchir plusieurs kilomètres depuis le point d’origine. Certains glissements de terrain provoqueront des ruptures en série, favorisant l’érosion régressive et le recul de l’escarpement dans le versant.

Schéma illustrant les parties d’un glissement de terrain par un exemple d'un mouvement de «glissement»[D]
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Figure 6 : Parties d’un glissement de terrain

Types de glissements de terrain

Schéma qui illustre un éboulement[D]
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Figure 7 : Éboulement – chute libre de pierres ou de sédiments se détachant d’un versant très abrupt, habituellement accompagnée de mouvements de rebondissement ou de roulement

Schéma qui illustre un basculement[D]
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Figure 8 : Basculement – rotation vers l’avant de blocs rocheux ou de sédiments qui se renversent complètement

Schéma qui illustre un glissements[D]
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Figure 9 : Glissement – déplacement vers le bas de masses de matériaux relativement intacts suivant des plans de faiblesse

Schéma qui illustre une coulées[D]
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Figure 10 : Coulée – mouvement vers le bas de sédiments ou de pierres s’apparentant au mouvement de fluides

Schéma qui illustre un étalement[D]
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Figure 11 : Étalement – agrandissement de la zone occupée par des blocs de sédiments ou de roche sur une pente douce

Où peuvent se produire les glissements de terrain?

Les glissements de terrain sont catastrophiques là où ils ont des incidences sur la vie humaine. Dans ce contexte, les deux régions les plus vulnérables au Canada à ce chapitre sont la Cordillère méridionale en Colombie-Britannique et en Alberta, et les Basses-Terres du Saint-Laurent au Québec et en Ontario. Cependant, des glissements de terrain se produisent chaque année partout au Canada. Selon la géologie locale et les facteurs de déclenchement, les glissements peuvent survenir sur tout type de pente, qu’elle soit élevée ou basse, abrupte ou douce, ou même subaquatique. Ceci dit, certaines régions sont particulièrement vulnérables aux glissements de terrain. Il s’agit de la Cordillère canadienne, du substratum rocheux du Crétacé dans les Prairies, de régions recouvertes de fins sédiments autrefois couvertes par des lacs et des mers glaciaires, ainsi que de terrains pergélisolés riches en glace.

Cordillère canadienne. Les glissements de terrain représentent un risque important, non seulement pour les communautés dans la Cordillère canadienne, mais également pour les voies de transport, de communications et de services publics qui traversent les montagnes. Les hautes pentes abruptes sont extrêmement vulnérables pour tous les types de glissements, notamment les éboulements, les coulées et les glissements massifs, ainsi que les avalanches de pierres, les avalanches de débris saturés d’eau et les coulées de débris rapides et souvent catastrophiques. Vingt-neuf avalanches de pierres ont été répertoriées dans la Cordillère depuis 1855, notamment la catastrophe de Jane Camp en 1915, en Colombie-Britannique, et le glissement de Frank en 1903, en Alberta. Les berges de cours d’eau, entaillées profondément dans d’épais dépôts de sédiments meubles le long de vallées, présentent également des risques de glissement de terrain. Par exemple, le 19 janvier 2005, une coulée de débris rapide dans un quartier de North Vancouver a détruit des maisons et causé la mort d’une personne.

Photographie de glissement de terrain de Hope[D]
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Figure 12 : Glissement de Hope

Substratum rocheux du Crétacé. Les glissements de terrain peuvent également se produire dans des régions peu accidentées. Dans ces régions, la stabilité des pentes dépend de conditions géologiques spécifiques. À l’est des montagnes Rocheuses, les versants des vallées dans les Prairies sont sujets aux mouvements de glissement le long de plans de faiblesse, généralement bentonitiques dans un substratum rocheux de shale friable et tendre du Crétacé. La masse de matériaux du glissement peut également inclure des éléments lithologiques plus durs du substratum rocheux (calcaire, grès) qui sont emportés sur les shales plus friables sous-jacents. Les glissements sont généralement lents. Cette tendance au glissement pose un problème particulier pour les voies de transport aux franchissements de vallées. Par exemple, au pont suspendu de la route de l’Alaska enjambant la rivière de la Paix, à proximité de Fort St. John (Colombie-Britannique), un glissement dans les shales du Crétacé à la culée nord a détruit l’ouvrage en octobre 1957. Plus récemment (1997), la réactivation d’un glissement de terrain a provoqué la rupture d’un gazoduc sur le versant nord de la vallée de la rivière de la Paix, près de Fort St. John.

Photographie de glissement de terrain dans des shales du Crétacé[D]
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Figure 13 : Glissement dans des shales du Crétacé de la Formation de Bearpaw dans la vallée de la rivière Red Deer, près de Dorothy, en Alberta

Sédiments glaciomarins. Les matériaux géologiques les plus sujets aux glissements sont sans doute les argiles et les limons glaciomarins déposés dans des mers glaciaires temporaires, qui ont recouvert les régions côtières à la fin de la dernière glaciation. En dépit de pentes très légèrement inclinées (moins de 30 mètres), ces matériaux sensibles peuvent soudainement, lorsque perturbés, perdre leur résistance physique et se liquéfier, provoquant l’effondrement des matériaux et leur écoulement sous forme d’une coulée de terre rapide. Ces glissements sont très destructeurs, puisque l’escarpement à la tête du glissement régressera, même sur des pentes très douces, détruisant de vastes surfaces de terrain plat à l’arrière de la rive initiale, tandis que les débris peuvent s’écouler jusqu’à plusieurs kilomètres de la niche de décollement. La région la plus connue renfermant des sédiments glaciomarins est celle de la Mer de Champlain, qui a occupé les vallées du Saint-Laurent et de l’Outaouais et qui est caractérisée par d’épais dépôts de matériaux sensibles sur le plan géotechnique , plus familièrement connus sous le nom d’argile à Leda. Au cours de la période qui nous intéresse (post 1840), des coulées d’argile à Leda ont entraîné la mort d’une centaine de personnes, ainsi que la destruction de deux villes au Québec, – Notre-Dame-de-la-Salette en 1908 et Saint-Jean-Vianney en 1971. De rapides glissements et coulées de terre se sont également produits dans des sédiments glaciomarins fragiles, moins bien connus, dans la partie nord-ouest de la Colombie-Britannique. Par exemple, le 28 novembre 2003, une coulée de terre rapide le long de la rivière Khyex a provoqué la rupture d’un pipeline, de telle sorte que Prince Rupert a été privée de son approvisionnement en gaz pendant dix jours.

Photographie de glissement de terrain de Nicolet en 1955, Québec[D]
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Figure 14 : Glissement de Nicolet au Québec, en 1955

Sédiments glaciolacustres. D’autres régions peu accidentées sont sujettes aux glissements de terrain : il s’agit de régions couvertes par de vastes dépôts de fins sédiments glaciolacustres. Ces sédiments sont constitués d’argiles et de limons qui se sont déposés au fond de lacs glaciaires temporaires vers la fin du dernier âge glaciaire. Les glissements dont la progression est généralement lente, bien que des glissements rapides ne soient pas exclus, représentent la forme la plus fréquente de rupture de pente sur les versants de vallées entaillées dans les sédiments glaciolacustres. Bon nombre de centres urbains dans les provinces des Prairies et en Colombie-Britannique sont construits sur des sédiments glaciolacustres. Winnipeg, par exemple, est érigée sur l’ancien fond du lac glaciaire Agassiz et de nombreux problèmes de stabilité des pentes se sont manifestés le long des rivières Rouge et Assiniboine au cours de l’histoire de la ville. Lorsque surviennent des glissements, la partie extérieure de la masse de matériel peut prendre la forme d’une lente coulée de terre. Moins fréquemment, les sédiments glaciolacustres peuvent céder sous forme d’une coulée rapide. En 1905, à Spences Bridge en Colombie-Britannique, une coulée rapide de sédiments limoneux dans la vallée de la rivière Thompson a enseveli une partie d’un village des Premières nations, tuant 15 personnes. En 1946, à Duparquet au Québec, l’argile qui se trouvait en bordure de la fosse à ciel ouvert de la mine Beattie est devenue suffisamment liquide pour pénétrer dans la mine souterraine, y tuant quatre mineurs.

Photographie d'un glissement de terrain dans des limons glaciolacustres[D]
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Figure 15 : Glissement dans des limons glaciolacustres

Pergélisol. Le Nord canadien, tout en étant susceptible de subir tous les types de glissements qui se produisent fréquemment dans le sud du pays, se distingue cependant par des glissements d’un type unique, qui ne peuvent survenir que dans des régions pergélisolées. Des glissements du mollisol et des glissements régressifs plus profonds dus au dégel se produisent dans des sédiments fins riches en glace et entraînent le dégel et l’écoulement subséquent du sol saturé en eau. Ces glissements peuvent survenir sur des pentes très douces et ces phénomènes s’observent par centaines sur les rives de cours d’eau et de lacs de toundra dans la partie nord de la vallée du Mackenzie. Ils sont fréquents aux endroits où des feux ont dévasté la forêt et la toundra, détruisant le couvert végétal isolant. Les glissements de ce type sont relativement petits, mais ils peuvent avoir d’importantes incidences sur les pipelines situés dans le nord du pays.

Photographie d'un glissement régressif dû au dégel [D]
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Figure 16 : Glissement régressif dû au dégel dans des sédiments riches en glace, à proximité de Tuktoyaktuk, dans les Territoires du Nord-Ouest

La région où les gros glissements de terrain sont les moins probables est la région du Bouclier canadien, caractérisée par un relief faible et un solide substratum rocheux. Toutefois, même cette région peut subir des éboulements et de petits glissements rocheux sur des falaises et des tranchées de route, ainsi que des glissements de terrain dans des zones où une épaisse couche de sédiments meubles couvre le substratum rocheux du Précambrien.

Quelle est la fréquence des glissements de terrain?

Des milliers de petits glissements de terrain se produisent chaque année au Canada. Les glissements plus importants sont moins fréquents. Selon toute probabilité, les glissements dont le volume dépasse un million de mètres cubes se produisent environ tous les dix ans.

Quelles sont les causes des glissements de terrain?

Les glissements de terrain peuvent être déclenchés par des processus naturels ou par des activités anthropiques. Les processus naturels comprennent l’érosion à la base des pentes sous l’effet des vagues ou des cours d’eau, particulièrement pendant la fonte des neiges ou de fortes pluies; la pression accrue de l’eau interstitielle dans le sol, résultant également de pluies trop abondantes ou de la fonte des neiges; la température accrue dans le sol dans les régions pergélisolées; l’effet du gel-dégel sur les parois rocheuses; les séismes. L’impact des changements climatiques sera probablement d’augmenter les occurrences de glissements de terrain, surtout lorsque les projections anticipent une augmentation des températures et des précipitations ainsi que des tempêtes plus violentes. Les modifications apportées par l’homme à son milieu représentent un autre facteur important qui favorise l’instabilité des pentes. Parmi les exemples courants, on note les changements au régime de drainage par le déboisement, l’irrigation ou la modification de cours d’eau; la surcharge sur les pentes ou le blocage du drainage par des remplissages artificiels ou des remblais; l’accentuation ou le sapement de la pente par des travaux de déblai et d’abattage à l’explosif.

Quelles sont les incidences des glissements de terrain?

Les glissements de terrain au Canada ont fait plus de 600 victimes depuis 1840. Ce nombre représente une valeur minimale basée sur la définition d’un glissement catastrophique. Ce dernier est défini comme un événement unique entraînant la mort d’au moins 3 personnes. Lors de certains de ces désastres, les décès peuvent être attribués aux effets secondaires (ondes de crue et tsunamis) déclenchés par le glissement de terrain. Les événements qui font une ou deux victimes sont difficiles à retracer et n’ont pas été inclus dans la base de données. Des descriptions de chacun des 45 glissements de terrain catastrophiques identifiés sur la carte sont fournies dans la « Liste des principaux glissements de terrain catastrophiques» qui se trouve à la fin du présent document.

Photographie d'un effondrement d’un remblai de chemin de fer[D]
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Figure 17 : Affaissement d’un remblai de chemin de fer

Les coûts associés aux glissements de terrain sont difficiles à calculer, mais on estime qu’ils ont coûté aux Canadiens des milliards de dollars au cours du temps et que les coûts annuels peuvent atteindre de 100 à 200 millions de dollars. Le glissement qui a sans doute été à lui seul le plus coûteux au Canada est celui qui est survenu en octobre 1957 dans des shales du Crétacé à la culée nord du pont suspendu de la route de l’Alaska, enjambant la rivière de la Paix, près de Fort St. John (Colombie-Britannique). Les frais de démantèlement et de reconstruction du pont étaient de l’ordre de 60 millions de dollars. En plus des importantes pertes et des coûts de reconstruction associés aux gros glissements dans des secteurs à forte densité de population, les dépenses cumulatives liées aux petits glissements plus fréquents grèvent notre économie (fermetures et réparations des voies de transport; dommages matériels ou pertes de biens, etc.). Par exemple, la coulée de débris, qui a eu lieu en août 1999 au ruisseau Five Mile dans le parc national Banff, a enseveli la route Transcanadienne pendant 24 heures, ce qui a eu d’importantes conséquences sur la circulation des marchandises entre les entrepôts de Calgary et les entreprises de Vancouver. On estime que la fermeture de cette route pendant une heure équivaut à une perte économique de 1 million de dollars.

Photographie d’une coulée de débris, ruisseau Five Mile, Alberta[D]
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Figure 18 : Coulée de débirs au ruisseau Five Mile, Alberta

Études de cas

Notre-Dame-de-la-Salette, Québec
À l’aube du 26 avril 1908, un glissement dans de l’argile à Leda s’est produit soudainement sur la rive ouest de la rivière du Lièvre qui était gelée à ce moment-là et comportait une couche d’environ 0,5 mètre de glace en surface. Trois maisons situées sur la rive ouest ont immédiatement été englouties, entraînant 6 personnes vers la mort. En atteignant la rivière, le glissement a généré une vague extrêmement destructive qui s’est abattue sur une partie du village de Notre-Dame-de-la-Salette, situé sur une basse terrasse sur la rive opposée. Emportés par la vague, de gros blocs de glace de rivière ont écrasé des bâtiments. Douze bâtiments ont été complètement détruits par la vague et 27 autres personnes ont perdu la vie. On a trouvé des débris jusqu’à 15 mètres au-dessus du niveau de la rivière. L’écoulement d’eau boueuse qui a suivi le glissement a été observé jusqu’à Montréal. Ce glissement de terrain s’est produit dans la niche de décollement d’une coulée de terre plus ancienne dont l’ampleur était beaucoup plus grande. Par la suite, le village a été déplacé sur une terrasse plus élevée.

Photographie du glissement de terrain à Notre-Dame-de-la-Salette, Québec [D]
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Figure 19 : Glissement de terrain à Notre-Dame-de-la-Salette, Québec

Frank, Alberta
Le 29 avril 1903, à 4 h 30, 30 millions de mètres cubes de calcaire se sont détachés du versant est du mont Turtle et se sont abattus sur la petite ville minière de Frank en Alberta, ensevelissant une partie de la ville sous 82 millions de tonnes de pierres. La structure instable du mont Turtle est la principale cause du glissement de Frank. La présence d’une faille de chevauchement traversant la montagne, de même que l’érosion de grès et de shale sous une roche calcaire plus ancienne présentant des fissures profondes érodées, auraient éventuellement causé la chute de pierres. Au nombre des causes secondaires figurent l’exploitation de charbon à l’intérieur de la montagne et de brusques changements des conditions météorologiques - un gel rapide - cette nuit-là. Le glissement de Frank, qui se déplaçait à une vitesse moyenne de 31,2 mètres à la seconde, est désigné comme une avalanche de débris, – une expression créée par les géologues de la Commission géologique du Canada pour décrire l’événement. Il a suffi d’environ 100 secondes pour qu’une épaisse couche de matériaux blocailleux recouvre des maisons, des routes, la voie ferrée du Canadien Pacifique et la rivière Oldman. Le glissement de Frank apparaît comme le glissement le plus catastrophique au Canada, ayant causé la mort d’au moins 70 personnes. On présume que le nombre de victimes était plus élevé étant donné la présence à Frank, au moment du glissement, de travailleurs migrants non inscrits. Des mineurs piégés dans la mine de charbon ont été en mesure de se sortir eux-mêmes de ce mauvais pas. Pour obtenir plus de renseignements, veuillez consulter le site Web du Frank Interpretive Centre, énoncé dans la section Références et liens.

Photographie du glissement de terrain de Frank, Alberta[D]
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Figure 20 : Glissement de Frank, Alberta

Saint-Jean-Vianney, Québec
Le 4 mai 1971, vers 23 h, une importante coulée dans de l’argile glaciomarine sensible (argile à Leda) a détruit une partie de la communauté de Saint-Jean-Vianney, au Québec. Le glissement de 1971 s’est produit dans la niche de décollement d’une coulée de terre beaucoup plus importante qui, selon toute vraisemblance, aurait été déclenchée par le grand séisme de 1663 à Charlevoix. On invoque les conditions de saturation du sol, qui ont fait suite à une accumulation de neige record au cours de l’hiver et à des orages prolongés, comme mécanisme de déclenchement de la coulée de terre de 1971. Quarante résidences situées au-dessus du glissement initial ont été engouffrées pendant la phase de régression, et 31 personnes ont trouvé la mort. Le nombre de morts aurait pu être plus important si ce n’avait été de l’absence de nombreux travailleurs en route vers le travail pour le changement de quart à l’usine de l’ALCAN, à Arvida. Le glissement a régressé de 550 mètres du glissement initial, emportant 26,8 hectares de terrain plat. Un homme, qui courait pour échapper au glissement régressif, a rapporté qu’il a dû courir sur ce qui semblait être un escalier mécanique, indiquant par le fait même que les étapes finales de la régression correspondaient à la vitesse de sa course. Entretemps, l’écoulement rapide de la boue progressait à une vitesse d’environ 7 mètres à la seconde (25 kilomètres à l’heure) dans l’étroite vallée de la rivière des Vases, détruisant un pont sur son chemin et emportant les piliers de béton dans la rivière Saguenay, sur une distance de plus de 3 kilomètres. D’excellents reportages filmés au cours des jours qui ont suivi le glissement de terrain sont disponibles pour visionnement dans les archives de la SRC énoncées dans la section Références et liens.

Photographie du glissement de terrain à Saint-Jean-Vianney, Québec [D]
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Figure 21 : Glissement de terrain à Saint-Jean-Vianney, Québec

Photographie du glissement de terrain à Saint-Jean-Vianney, Québec[D]
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Figure 22 : Glissement de terrain à Saint-Jean-Vianney, Québec

Lemieux, Ontario
Des études techniques, entreprises à la suite d’un grand glissement à la rivière Nation Sud en 1971, ont conclu que la ville de Lemieux occupait une zone d’argile glaciomarine sensible (argile à Leda) sujette à de grandes coulées rapides. Par conséquent, l’emplacement de la ville a été abandonné en 1991 et les habitants ont été réinstallés ailleurs aux frais du gouvernement provincial. Tout juste deux ans plus tard, le 20 juin 1993, une coulée de terre rapide a emporté 17 hectares d’une terre agricole jouxtant le site de l’ancienne ville. Au cours de la régression progressive vers l’amont du glissement, l’escarpement a reculé de 680 mètres en moins d’une heure, en majeure partie pendant les 15 premières minutes, depuis la berge de la rivière. Environ 2,8 millions de mètres cubes de sable, de limon et d’argile liquéfiée ont été entraînés sur 1,7 kilomètre vers l’amont de la rivière et sur 1,6 kilomètre vers l’aval, obstruant complètement la rivière pendant plusieurs jours. Les coûts directs et indirects liés à l’événement ont été estimés à 12 500 000 $. Cependant, grâce à l’évacuation des anciens résidants, aucune vie n’a été perdue.

Photographie du glissement de terrain de Lemieux, Ontario[D]
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Figure 23 : Glissement de Lemieux, Ontario

Comment pouvons-nous nous protéger contre les glissements de terrain?

Il est possible de limiter les risques de glissement de terrain. La première méthode d’atténuation des risques consiste simplement à les éviter. Grâce à l’avis d’experts et à une planification rigoureuse, les communautés peuvent identifier les pentes instables et limiter ou réglementer le développement dans une zone à risque. La planification permet d’implanter des résidences, des écoles, des hôpitaux, des postes de police et d’incendie, des lignes de transport d’électricité, des gazoducs et des routes de manière sécuritaire, à l’écart de zones susceptibles d’être instables. Pour les communautés déjà établies, les autorités municipales ou provinciales doivent déterminer s’il convient de procéder à l’aménagement d’ouvrages de protection ou à l’achat des bâtiments et au déplacement des personnes. Par exemple, une fois les risques de glissement connus, la ville de Lemieux a été abandonnée et ce, avant la coulée de terre de 1993.

Si l’instabilité des pentes est inévitable, de nombreux procédés techniques permettent de réduire les risques. La topographie et la géologie locales, qui déterminent le type de glissement susceptible de se produire, déterminent également la méthode d’atténuation appropriée. Il faut remarquer que les ouvrages de génie coûtent cher à installer ou à entretenir et que, dans certains cas, leur capacité peut être insuffisante.

De nombreuses méthodes ont été mises au point afin de réduire les risques de glissement de terrain en atténuant l’instabilité du terrain. Ces méthodes comprennent l’amélioration du drainage en surface ou souterrain, la réduction de l’inclinaison de la pente, l’excavation permettant de réduire la charge au sommet de la pente, la construction de bermes de protection afin de réduire l’érosion à la base de la pente et le clouage géotechnique ou l’installation de couvertures rigides (par exemple du ciment) sur des parois de falaises qui se désagrègent. La stabilité peut être rétablie sur certaines pentes si la méthode appropriée est appliquée, mais ces mesures comportent des coûts financiers ou environnementaux considérables.

Lorsque les glissements de terrain ne peuvent être ni empêchés ni évités, un certain nombre d’ouvrages de confinement ou de déviation ont été conçus pour protéger les communautés et les infrastructures essentielles. Les ouvrages de rétention (barrages de captation) permettant d’arrêter et d’assécher les débris dans des bassins de rétention au-dessus des sites à risque, des glissières ou chenaux artificiels permettant de limiter le mouvement des débris à une trajectoire spécifique, des bermes ou des digues de déviation permettant de faire dévier le glissement de débris à l’écart des sites menacés, ainsi que des filets et des murs artificiels empêchant les pierres de tomber ou de rebondir sur les routes, figurent au nombre des méthodes les plus courantes. Toutefois, tout comme pour les méthodes de stabilisation des pentes, les ouvrages de génie sont coûteux et doivent être conçus et entretenus de manière rigoureuse.

Photographie d'un digues de déviation des débris[D]
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Figure 24 : Digues de déviation des débris

Photographie d'un barrage de rétention[D]
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Figure 25 : Barrage de rétention

Des techniques d’atténuation innovatrices sont utilisées pour certains sites. Ces techniques comprennent la surveillance active des pentes et des systèmes d’alerte rapide, ainsi que des structures innovatrices. Par exemple, à proximité de la rivière de la Paix en Alberta, la culée ouest du pont sur la rivière Little Smoky a été construite sur un terrain qui glisse lentement. Des rouleaux placés sous la superstructure permettent à la culée de se déplacer lentement vers la rivière sans endommager le pont.

À la limite, la meilleure mesure d’atténuation pourrait combiner un aménagement judicieux du territoire et des ouvrages de génie afin de protéger les sites menacés.

Que pouvez-vous faire?

Bien que les glissements de terrain se produisent habituellement sans avertir, une bonne compréhension de ce phénomène naturel et l’observation de quelques règles sensées peuvent vous aider à vous protéger et à protéger votre famille.

  • Informez-vous sur la géologie locale et sur les risques de glissement de terrain dans votre région.
  • Évitez des interventions qui pourraient accroître l’instabilité. Par exemple, ne pas saper une rive escarpée; ne pas construire près du sommet ou de la base de pentes abruptes; ne pas faire de remblais sur des pentes abruptes; ne pas vider une piscine ou augmenter de quelque façon l’écoulement d’eau sur des pentes abruptes.
  • Apprenez comment reconnaître les signes d’un éventuel glissement dans votre localité. Ces signes peuvent se présenter sous forme de fissures, de bourrelets ou d’écoulements inhabituels sur la pente, ainsi que de petits éboulements de pierres ou de sédiments.
  • Prenez note des personnes que vous devez informer si vous constatez ces signes (par exemple, le ou les numéros des personnes à contacter en cas d’urgence à la municipalité; l’ingénieur municipal).
  • Ayez un plan d’urgence ainsi qu’une trousse d’urgence. 
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