De la peinture «réfrigérante» sur les toits

Publié le par Bienvenue dans le blog de djibaba.ingenieur

Un toit aux États-Unis revêtu de Kynar Aquatec,une résine sans solvant qui conserve son pouvoir réfléchissant quasi intact pendant vingt ans. (crédits photo : DR)
Un toit aux États-Unis revêtu de Kynar Aquatec,une résine sans solvant qui conserve son pouvoir réfléchissant quasi intact pendant vingt ans. (crédits photo : DR)

Le prix Pierre-Potier qui récompense une chimie respectueuse de l'environnement a été décerné jeudi à cinq entreprises lauréates.

Si les maisons du village de Sidi Bou Saïd, près de Tunis, ou de l'île de Mykonos, dans la mer Égée, sont peintes en blanc, ce n'est pas seulement pour faire joli. Dans les régions chaudes, comme au Maghreb ou en Grèce, cette pratique millénaire permet, en réfléchissant la lumière solaire, de climatiser l'intérieur des bâtiments, notamment au plus fort de l'été.

Seul problème: l'apparition de salissures et de microchampignons a tôt fait de ternir cette blancheur immaculée. Si bien qu'il faut recommencer l'opération régulièrement, les peintures conventionnelles résistant rarement plus de cinq ans aux outrages du temps. Pour y remédier, le groupe chimique Arkema a mis au point, il y a deux ans, une résine sans solvant qui conserve son pouvoir réfléchissant quasi intact pendant 20 ans, sans entretien, tout en réduisant de 65% les dépenses énergétiques nécessaires à la climatisation du bâtiment.

Baptisé Kynar Aquatec, ce produit «vert» vient d'être primé par le jury du prix Pierre-Potier (palmarès disponible ici) créé en 2006 par le ministre de l'Industrie de l'époque, François Loos, la Fédération française des sciences pour la chimie (FFC) et l'Union des industries chimiques (UIC), en hommage à l'inventeur du Taxotère, un médicament anticancéreux issu de l'if. Objectif : récompenser les inventeurs de «produits chimiques innovants plus sûrs, plus écologiques, mieux recyclés et faisant moins appels aux ressources fossiles (pétrole, charbon…)».

À n'en pas douter, la nouvelle résine «réfrigérante» d'Arkema, à base de polyflurorure de vinylidène (PVDF), satisfait à ces critères. C'est, tout d'abord, la première fois qu'un produit de ce type se présente en émulsion aqueuse, à l'instar des peintures acryliques. Ce qui signifie qu'elle ne contient pas de solvants organiques, toxiques pour l'homme et l'environnement. Ensuite, ce «passage à l'eau», comme le souligne Erwoan Pezron, qui a supervisé les recherches chez Arkema, donne au Kynar Aquatec «la capacité de sécher à l'air, à température ambiante, et d'être applicable directement au pistolet ou au pulvérisateur sur tout type de support (ciment, métal, bois,…)». Or, jusqu'à présent, les résines PVDF nécessitaient un prélaquage par cuisson en usine et n'étaient destinées qu'au revêtement de pièces métalliques.

 

Forte croissance attendue 

Très résistants aux UV solaires et aux intempéries, le Kynar Aquatec a, comme on l'a vu, une très grande longévité. En Chine, où il est utilisé pour protéger les silos à grains contre l'échauffement, des tests ont montré que la perte de réflectivité est trois moins rapide qu'avec une peinture acrylique classique. Autre avantage : ce revêtement permet de réduire la consommation d'air conditionné et donc de ressources énergétiques fossiles. Enfin même, s'il est deux à trois fois plus cher à l'achat qu'une peinture conventionnelle, le coût au mètre carré est équivalent compte tenu du fait que la couche déposée est plus mince pour un résultat équivalent. «Nous misons sur une croissance annuelle de 30 % dans les cinq prochaines années », pronostique Erwoan Pezron devant l'engouement pour les «toits refroidissants» (cool roofing) dans les pays méditerranéens mais également aux États-Unis et en Asie.

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